Versions12 sept. 2026 · 6 min de lecture
KoraCut 1.4 : l'agent Coloriste arrive.
Un look cohérent sur tout un projet, des LUT exportables et un mode comparaison avant / après. On raconte comment il a été entraîné, et ce qu'il ne fera jamais.
Amadou BaFondateur · équipe Agents
Un film tourné sur deux jours n'a jamais la même lumière d'un plan à l'autre. Le matin à Ngor, le ciel est blanc et la mer tire sur le gris. À seize heures, tout est doré. Au montage les deux plans se suivent, et le raccord saute aux yeux.
Jusqu'ici, c'était à toi de rattraper ça plan par plan, avec les roues et la parade RVB. Dans la 1.4, le Coloriste s'en charge. Tu gardes le dernier mot.
Ce qu'il fait dans la 1.4
Tu lui parles comme à un étalonneur : « équilibre la séquence de la plage, garde le plan 4 comme référence ». Il répond par une proposition écrite, avec les plans concernés, l'écart qu'il a mesuré et la correction qu'il prévoit. Tu valides, et les réglages apparaissent dans le module Étalonnage, sur les mêmes roues et les mêmes courbes que les tiennes. Chaque valeur se reprend à la main.
Son travail tient en cinq gestes :
- il mesure chaque plan : luminance, saturation, dominante de couleur ;
- il détecte les rushs tournés en log et les ramène en Rec.709 avant de corriger quoi que ce soit ;
- il équilibre l'exposition et la balance des blancs entre les plans d'une même séquence ;
- il isole les teintes de peau et vérifie qu'elles ne bougent pas ;
- il pose un look sur tout le projet, à partir d'un plan de référence ou d'une phrase de ta part.
Les teintes de peau, c'est le point qui nous a pris le plus de temps. Une correction automatique qui réchauffe l'image pour la rendre flatteuse abîme vite les peaux foncées : elles virent à l'orange, ou leur détail se noie dans les ombres. Le Coloriste repère les peaux au vecteurscope avant de toucher à quoi que ce soit, puis il contrôle après coup qu'elles sont restées sur leur ligne. Si une correction globale les déplace, il la retire et il te dit pourquoi.
Un exemple. Sur notre séquence de Sandaga, une vendeuse passe de l'ombre d'une bâche bleue au plein soleil en trois plans. Le Coloriste a mesuré un écart d'un diaphragme et demi entre le premier et le dernier, et une dominante froide sur le premier. Sa proposition : remonter les tons moyens du plan à l'ombre, réchauffer sa balance de 600 kelvins, ne pas toucher au plan au soleil qui sert de référence. Il a laissé la bâche bleue. Elle fait partie du lieu.
Comment on l'a entraîné
Le mot mérite une précision. Le Coloriste n'est pas un modèle gavé de millions d'images. C'est un agent : un modèle de langage à qui on a donné des outils de mesure, des outils de correction et les règles du métier. L'entraîner, c'était écrire ces règles, puis vérifier qu'il les applique.
On est partis de nos propres tournages. Des interviews en intérieur. Une plage à Ngor à plusieurs heures de la journée. Un marché à Sandaga en plein midi, avec des bâches de couleur qui renvoient du bleu et du rouge sur les visages. Pour chaque séquence, un étalonneur a fait le travail à la main. On a ensuite demandé la même chose au Coloriste et on a comparé des mesures, pas des impressions : l'écart de luminance entre deux plans, la position des peaux au vecteurscope, la saturation moyenne.
Les premières versions faisaient une erreur de débutant. Elles ramenaient chaque plan vers un gris moyen, et toutes les séquences finissaient par se ressembler. La lumière de fin de journée devenait une lumière de bureau. On a réécrit la règle. Le Coloriste ne vise plus une moyenne, il vise un plan que tu désignes. Si tu n'en désignes pas, il t'en propose un et il attend ta réponse.
Le Coloriste n'aligne pas tes plans sur une norme. Il les aligne sur le plan que tu as choisi.
Reste la question de ce qu'il voit. Tes rushs ne quittent pas ta machine. Ce qui part vers le modèle, ce sont ta demande et des chiffres : luma, saturation, dominante. Pour juger d'un look, il peut avoir besoin de la vignette d'un plan. Il te la demande, et tu peux refuser.
Les LUT et le mode avant / après
Un look validé s'exporte en LUT, au format .cube. Tu peux la recharger dans un autre projet, la passer à un cadreur pour son moniteur de tournage, ou l'ouvrir dans un autre logiciel d'étalonnage. C'est un fichier standard et il t'appartient.
Le mode comparaison coupe l'image en deux, avec un volet que tu déplaces à la souris : l'original à gauche, la proposition à droite. Il sert aussi à départager deux propositions du Coloriste, version A contre version B. On l'a ajouté parce qu'on ne valide pas un étalonnage sur la foi d'un compte rendu. On le valide en regardant l'image.
Un conseil d'usage : regarde toujours la comparaison sur un plan avec un visage. C'est là que les erreurs se voient en premier.
Côté rangement, chaque look validé prend un nom et reste attaché au projet. Tu peux en garder plusieurs, un pour le film et un pour sa déclinaison verticale par exemple, et passer de l'un à l'autre sans rien perdre. Le Coloriste sait aussi partir d'une LUT que tu possèdes déjà : il la pose, mesure ce qu'elle fait aux peaux, et te propose les retouches plan par plan.
Ce qu'il ne fera jamais
- Il ne touche pas à tes rushs. Une correction est un réglage posé sur un clip, le fichier d'origine n'est jamais réécrit.
- Il n'applique rien sans ton accord. Il propose, tu valides, et un ⌘Z annule tout son passage d'un coup.
- Il ne choisit pas la direction artistique. Il lui faut une référence ou une phrase. Le goût reste chez toi.
- Il ne sauve pas un plan raté au tournage. Un ciel brûlé reste brûlé. Il te le signale au lieu de maquiller.
- Il n'envoie pas tes images. Une vignette ne part que si tu as dit oui.
Sur un projet long, il lui arrive aussi de s'arrêter. Quand deux plans d'une même scène ont été tournés avec des réglages trop éloignés, il ne force pas le raccord : il te montre les deux mesures côte à côte et te laisse décider lequel sacrifier.
Mettre à jour et essayer
La 1.4 est sur la page Télécharger, pour macOS, Windows et Linux. L'application est gratuite, comme les précédentes ; le Coloriste fait partie de l'abonnement Agents. Ouvre un projet, sélectionne une séquence, puis appelle le Coloriste depuis la palette :
# Palette de commandes · ⌘K› coloriste : équilibrer la séquence› coloriste : exporter le look en LUT# Ou, en ligne de commande$ koracut agents coloriste --match --reference plan-04 projets/teaser-ngor/$ koracut agents coloriste --export-lut looks/ngor-fin-de-journee.cubeLa même version active par défaut le critère de respiration du Monteur, dont on a parlé ici la semaine dernière, et corrige une série de bugs remontés par la communauté. La liste complète est dans les notes du dépôt.
Les règles du Coloriste sont un fichier texte, publié avec le reste du code sous GPL-3.0. Tu peux les lire, les discuter, proposer mieux. Si tu étalonnes depuis des années et qu'une de ses décisions te fait lever un sourcil, ouvre un ticket : c'est exactement ce qu'on cherche.