Documentaire & reportageF03-01
Documentaire long métrage
Film documentaire de plus de 52 minutes qui explore en profondeur un sujet réel (personnage, communauté, question de société) avec une narration construite en actes.
Comprendre
- Objectif
- Porter un sujet de fond pour une ONG, une institution, une fondation ou une diffusion festival/TV/plateforme, avec un impact durable et un rayonnement international.
- Plateformes
- Festivals (FESPACO, Dakar Court, IDFA, FIPADOC), TV (RTS, TV5Monde, Canal+ Afrique, Arte), plateformes (Netflix, Prime Video), YouTube, projections communautaires
- Ratio
- 16:9 (3840×2160 ou 1920×1080) ; option cinéma 2.39:1 (letterbox) ou DCP 1.85:1 (1998×1080) ; bande-annonce déclinée en 9:16 (1080×1920)
- Durée
- Idéal 52 min (format TV) ou 80-90 min (format cinéma) ; fourchette 52 min – 2 h
- Difficulté
- Équipe
- Min : 1 réalisateur-cadreur + 1 ingé son + 1 monteur · Idéal : réalisateur, producteur, chargé de recherche/fixeur, chef opérateur, ingé son, assistant caméra, monteur, étalonneur, mixeur, compositeur, traducteur wolof/pulaar
- Délai
- 6 à 24 mois : 2-6 mois de recherche et développement, 20-60 jours de tournage étalés, 3-6 mois de montage, 3-4 semaines d'étalonnage/mixage/sous-titrage
Raconter
L'accroche et l'intro
- Ouvrir par une scène forte et sensorielle avant tout titre (cold open de 1 à 3 min) : un moment vécu, pas une explication.
- Poser la question centrale du film dans les 5 premières minutes : « Pourquoi les jeunes de Kayar quittent-ils la pêche ? »
- Présenter le personnage principal en action, dans son décor, avant de lui donner la parole face caméra.
- Titre du film en carton sobre après le cold open (5-8 s), sur fond noir ou plan large du territoire.
- Éviter la voix off d'introduction qui résume tout le film : laisser le spectateur découvrir.
La structure
- 0-3 min : cold open (scène forte) puis carton titre.
- 3-15 min : acte 1, exposition, personnages, lieu, enjeu, question dramatique.
- 15-60 min : acte 2, développement, obstacles, points de vue contradictoires, 2-3 séquences pivots, archives.
- 60-80 min : acte 3, climax et résolution, l'événement attendu (récolte, procès, retour, élection), conséquences.
- 80-85 min : épilogue (plan de fin contemplatif, cartons « Que sont-ils devenus ? ») puis générique de 2-4 min.
Le ton et le style
- Cinéma du réel : observation patiente, plans longs de 8-20 s, respect du silence.
- Choisir un mode dominant : observationnel (sans voix off), participatif (le réalisateur à l'écran) ou expositif (voix off + interviews).
- Esthétique cinématographique : faible profondeur de champ, lumière naturelle, compositions travaillées.
- Références : Ousmane Sembène pour le regard social, « Atlantique » (Mati Diop) pour l'atmosphère, « Dahomey » pour l'archive vivante.
- Rythme lent en acte 1, qui s'accélère vers le climax ; toujours laisser respirer après une émotion forte.
L'habillage et les textes
- Typographie unique et sobre (serif élégante ou sans-serif fine), blanc cassé, jamais plus de 2 graisses.
- Lower-thirds minimalistes : nom + rôle (« Awa Ndiaye, mareyeuse ») en 36-42 px sur 1080p, 4-5 s, une seule fois par personnage.
- Cartons de contexte (date, lieu) en bas à gauche, 3-4 s : « Saint-Louis, juillet 2025 ».
- Chapitres possibles en cartons plein écran (3 s) pour les films en parties.
- Logos des partenaires et financeurs uniquement au générique de fin (et carton d'ouverture si exigé par le financeur).
La fin et l'appel à l'action
- Dernier plan contemplatif de 15-30 s qui répond visuellement au premier plan (effet miroir).
- Cartons épilogue : 2-4 cartons de 5-6 s sur ce que sont devenus les personnages ou un chiffre clé.
- Dédicace éventuelle, puis générique déroulant de 2-4 min (équipe, participants, remerciements, crédits musique et archives).
- CTA pour les versions ONG : carton final « Pour agir : site / numéro WhatsApp » de 8-10 s.
Tourner
Le matériel
- Entrée de gamme : Sony FX30 ou Panasonic GH6/S5 II, zooms 16-50 mm et 70-200 mm, gimbal DJI RS 4, 2 micros HF Sennheiser EW-D ou DJI Mic 2, perche + Rode NTG5, enregistreur Zoom F3, 2 panneaux LED bicolores.
- Pro : Sony FX6/FX9 ou Canon C70/C300 III, zooms 24-70 mm f/2.8 et 70-200 mm f/2.8, optiques fixes 35/50/85 mm, enregistreur Sound Devices MixPre-6 II, Sennheiser MKH 416/8060, HF Lectrosonics, Aputure 600d + softbox, drone DJI Mavic 3 Pro.
- Batteries en quantité (8-12 par caméra) et station de charge sur batterie/groupe : les coupures et zones rurales sans courant sont la règle.
- Filtres ND variables (2-8 stops) indispensables sous le soleil sénégalais pour garder f/2.8 et 1/50 s.
- Double stockage : 2 disques SSD + 1 copie cloud/bureau ; prévoir 2 à 4 To par semaine de tournage en 4K.
Plans et cadrage
- Plans d'installation du territoire : très larges au drone ou au 16-24 mm, 10-20 s fixes (village, fleuve, marché).
- Scènes d'observation : caméra épaule ou monopode au 24-70 mm, à hauteur d'yeux, suivre l'action sans la diriger.
- Interviews : plan moyen poitrine au 50-85 mm, sujet sur le tiers, regard hors-champ vers l'intervieweur à côté de l'objectif.
- Gros plans de détails (mains, outils, visages) au 85-135 mm pour la texture et les coupes.
- Plans de coupe (B-roll) : 3 à 5 par séquence, chacun de 10 s minimum, avec entrée et sortie de champ.
- Tourner un ratio de 30:1 à 100:1 (heures de rushes / minutes de film) : ne pas économiser sur les scènes vécues.
La lumière
- Privilégier la lumière naturelle : tourner les extérieurs avant 10 h et après 16 h 30, éviter le soleil zénithal de 12 h-15 h.
- Au soleil dur : placer le sujet dos au soleil (contre-jour doux) et déboucher le visage avec un réflecteur blanc/or.
- Interviews en intérieur : schéma 3 points discret, key LED 5600 K en softbox à 45°, fill ou réflecteur à -2 stops, contre-jour léger.
- Balance des blancs manuelle (5600 K extérieur, 3200-4300 K intérieur), jamais en automatique pour garder la cohérence des séquences.
- Peaux foncées : exposer pour le visage (zebras à 70-75 % sur la peau éclairée), ne pas sous-exposer pour sauver le ciel.
La prise de son
- Double système : HF cravate sur les personnages principaux + perche canon (NTG5, MKH 416) à 50-80 cm au-dessus de la tête.
- Niveaux : crêtes entre -12 et -6 dB, enregistrement 48 kHz / 24 bits (idéalement 32 bits flottant).
- Enregistrer 30-60 s de room tone et d'ambiance à chaque lieu (marché, mer, mosquée, vent) pour le montage.
- Piste de sécurité à -6 dB sous la piste principale ; claquer ou synchroniser le timecode entre caméra et enregistreur.
- Protéger les micros du vent (bonnette poilue) : l'harmattan et la brise côtière ruinent les prises extérieures.
La mise en scène
- Phase de repérage et d'immersion (1-4 semaines) sans caméra ou avec caméra discrète pour gagner la confiance.
- Rédiger un traitement (5-15 pages) puis une continuité de tournage souple ; le film se réécrit au montage.
- Autorisations : droit à l'image signé (français et wolof lus à voix haute), autorisation de tournage (Direction de la Cinématographie), accord du chef de village ou de l'imam.
- Ne pas faire rejouer les scènes : si besoin, demander de « refaire le geste » sans dialogue.
- Prévoir un fixeur/traducteur local pour les langues (wolof, pulaar, sérère, diola) et la médiation.
Astuces de tournage
- Tourner en 4K 25 ips, obturateur 1/50 s (règle 180°), en S-Log3/S-Cinetone ou V-Log pour 12-14 stops de dynamique.
- ISO natif de la caméra (FX30 : 800 / 2500) et ND variable pour régler l'exposition.
- Laisser tourner 5 s avant et après chaque action : le montage a besoin de marges.
- Tenir un journal de tournage quotidien (scènes, personnages, timecodes clés) : il sauve des semaines au dérushage.
- Protéger le matériel de la poussière et de la chaleur : sacs étanches, glacière (sans glace) pour les batteries, ne pas changer d'objectif en plein vent.
Monter
Les pistes de la timeline
- 10 à 16 pistes au total, avec une timeline par séquence puis une timeline maître assemblée.
- V1 : scènes principales et interviews / V2 : B-roll et plans de coupe / V3 : archives et documents (photos, journaux).
- V4 : cartons, lower-thirds et sous-titres de traduction / V5 : titres et générique.
- A1-A2 : dialogues HF et perche / A3 : voix off ou narration / A4-A5 : ambiances stéréo.
- A6 : bruitages et SFX / A7-A8 : musique originale en stems (mélodie, nappes) ; bus séparés dialogues/musique/effets pour les versions internationales (M&E).
Le rythme et les coupes
- Durée moyenne des plans : 5-12 s ; jusqu'à 20-30 s pour les plans contemplatifs.
- Utiliser L-cuts et J-cuts systématiquement : le son de la scène suivante arrive 1-2 s avant l'image.
- Pas de jump cuts dans les interviews : masquer les coupes par du B-roll.
- Monter d'abord un bout-à-bout de 3-4 h, puis un premier montage de 2 h, puis resserrer au format visé.
- Alterner séquences tendues et respirations de 20-40 s (paysage, musique) toutes les 8-12 min.
Transitions et effets
- Cut franc par défaut ; fondu enchaîné (1-2 s) uniquement pour marquer une ellipse de temps.
- Fondu au noir de 1-2 s entre les actes ou chapitres.
- Animation d'archives photo (effet Ken Burns lent, 5-10 % de zoom sur 8 s) et parallaxe légère.
- Ralenti ponctuel (tourné en 50 ou 100 ips) pour les moments de grâce, jamais en effet gratuit.
- Éviter les transitions stylisées (glitch, zoom rapide, balayages) qui cassent le réel.
Le sound design
- Reconstruire les ambiances à chaque séquence : 2-3 couches (fond, éléments ponctuels, détails) autour de -30 à -25 dB.
- Bruitages ponctuels discrets (pas, porte, pirogue, vent) pour enrichir les plans muets.
- Utiliser le silence ou le son seul comme effet dramatique avant un climax.
- Riser grave et doux (5-10 s) avant une révélation ; jamais de whoosh ou de pop de style réseaux sociaux.
La musique
- Musique originale de préférence (compositeur local : kora, xalam, sabar, nappes électroniques) ; 15-30 % du film en musique maximum.
- Tempo lent à modéré (60-90 BPM) pour les séquences contemplatives, 100-120 BPM pour les montées.
- Sous la voix : ducking -18 à -24 dB ; musique seule à environ -18 LUFS court terme.
- Droits : contrat de synchronisation écrit avec les artistes ou bibliothèques sous licence (Artlist, Musicbed, Epidemic) ; déclarer les œuvres à la SODAV.
- Livrer la musique en stems pour pouvoir remixer par séquence.
Les sous-titres
- Sous-titres de traduction obligatoires pour le wolof/pulaar/sérère : version française + version anglaise pour les festivals.
- Style classique cinéma : blanc, contour ou ombre légère, 42-48 px en 1080p, bas centré, 2 lignes maximum, 42 caractères par ligne.
- Durée : 1 à 6 s par sous-titre, 15-17 caractères par seconde maximum.
- Livrer des fichiers séparés (.srt pour le web, .stl ou .xml pour la TV) plutôt que des sous-titres incrustés sur le master.
L'étalonnage
- Correction primaire d'abord : conversion Log → Rec.709 (transformation couleur DaVinci), exposition, balance, raccord entre caméras.
- Look ensuite : palette cohérente par acte (chaude pour l'intime, plus froide pour la tension), contraste doux, noirs légèrement relevés.
- Tons chair : surveiller la ligne des tons chair au vecteurscope, éviter les peaux foncées grises ou orangées ; qualifier et protéger les visages.
- Étalonnage en salle calibrée ou sur moniteur de référence ; prévoir 5-10 jours pour un 90 min.
Exporter et publier
Mixage et export
- Mix TV : -23 LUFS intégré (EBU R128), true peak -1 dBTP ; mix cinéma : dialogues autour de -27 LKFS, 5.1 si budget.
- Master : ProRes 422 HQ, 3840×2160 ou 1920×1080, 25 ips, audio PCM 48 kHz 24 bits ; stems D/M/E séparés et version M&E.
- Festival : DCP 2K (1998×1080, 24 ips) ou ProRes selon le règlement ; web : H.264, 1080p, 10-12 Mbps, audio à -14 LUFS.
- Déclinaisons : bande-annonce 90-120 s (16:9), teasers 30 s et 60 s en 9:16, extraits de 2-3 min.
Titre et miniature
- Titre court et évocateur (1-4 mots), pas descriptif : « Pirogues », « Le dernier griot ».
- Affiche : un portrait fort du personnage principal ou une image-symbole, titre en grand, lauriers des festivals obtenus.
- Synopsis court (3 lignes) et long (1 page) prêts pour festivals, presse et plateformes.
- Sur YouTube : miniature avec visage expressif + 2-3 mots maximum ; description avec chapitres horodatés.
La publication
- Stratégie de fenêtres : festivals d'abord (12-18 mois), puis TV/plateformes, puis YouTube/projections communautaires.
- Ne pas publier le film en ligne avant les festivals : la plupart exigent l'exclusivité ou une première.
- Teasers et extraits réguliers sur Instagram/TikTok/Facebook et en Status WhatsApp pour construire l'audience.
- Organiser une avant-première à Dakar (Institut français, Maison de la culture Douta Seck) et des projections dans les lieux du tournage.
Les erreurs à éviter
- Tourner sans sujet ni question claire : 200 h de rushes impossibles à monter.
- Voix off omniprésente qui explique tout à la place des images.
- Oublier les autorisations et droits à l'image : blocage à la diffusion TV ou festival.
- Son négligé (vent, climatiseur, groupe électrogène) : un film au son sale est refusé.
- Musique non déclarée ou non libre de droits : film bloqué sur YouTube et plateformes.
- Sous-estimer la post-production : le montage prend souvent plus de temps que le tournage.
Dans KoraCut
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