KoraCut

Documentaire & reportageF03-05

Enquête / investigation

Documentaire ou reportage long qui révèle des faits cachés ou méconnus (fraude, pollution, abus) grâce à une recherche approfondie, des documents, des témoins et parfois du tournage discret.

Comprendre

Objectif
Établir et prouver des faits d'intérêt public pour un média, une ONG de plaidoyer ou une rédaction d'investigation, afin de provoquer une prise de conscience ou une réaction.
Plateformes
Magazines TV d'investigation, YouTube, sites de médias et d'ONG, plateformes (Arte, France 24, BBC Africa Eye), réseaux sociaux en extraits
Ratio
16:9 (1920×1080 ou 3840×2160) ; extraits et teasers en 9:16 (1080×1920) et 1:1 (1080×1080)
Durée
Idéal 15-26 min (web/magazine) ou 52 min (TV) ; fourchette 8 – 90 min
Difficulté
Équipe
Min : 1 journaliste-réalisateur + 1 JRI + conseil juridique · Idéal : journaliste d'investigation, chercheur/documentaliste, JRI, preneur de son, fixeur, monteur, motion designer, avocat, fact-checker
Délai
2 à 12 mois : 1-6 mois d'enquête et de vérification, 1-4 semaines de tournage, 4-8 semaines de montage, 1-2 semaines de relecture juridique

Raconter

L'accroche et l'intro

  • Ouvrir sur l'élément de preuve le plus fort (document, image, enregistrement) ou sur la victime, en 20-40 s.
  • Poser la question d'enquête clairement : « Où sont passés les 2 milliards de FCFA destinés aux forages ? »
  • Annoncer ce que le spectateur va découvrir sans tout révéler (promesse).
  • Ton grave et sobre : pas d'effet racoleur ni de musique tapageuse en ouverture.

La structure

  • 0-1 min : accroche (preuve ou victime) + question d'enquête + titre.
  • 1-5 min : contexte et enjeux, présentation des protagonistes.
  • 5-18 min : l'enquête pas à pas, pistes, documents, témoins, recoupements, obstacles rencontrés.
  • 18-23 min : confrontation, droit de réponse des personnes mises en cause (interview ou carton « contacté, n'a pas répondu »).
  • 23-26 min : conclusion, conséquences, cartons finaux (suites données, chiffres), générique.

Le ton et le style

  • Rigueur absolue : chaque affirmation doit être sourcée, documentée et recoupée par au moins 2 sources.
  • Narration en « je » ou « nous » du journaliste possible (enquête incarnée) pour guider le spectateur.
  • Esthétique sombre et tendue : contrastes marqués, plans de documents, écrans, lieux vides.
  • Références : BBC Africa Eye, « Cash Investigation », « Complément d'enquête », Forbidden Stories.

L'habillage et les textes

  • Documents à l'écran : zoom et surlignage animé des passages clés, source indiquée (« Document : rapport de la Cour des comptes 2023 »).
  • Cartes et schémas animés pour les flux d'argent ou les réseaux de personnes (organigramme).
  • Lower-thirds pour les intervenants ; mention « témoin anonyme » et voix modifiée pour les sources protégées.
  • Cartons de droit de réponse : « Contacté le 12 mars, le ministère n'a pas répondu à nos questions. »

La fin et l'appel à l'action

  • Cartons de conclusion : faits établis, suites judiciaires, réponse des autorités (5-6 s chacun).
  • Appel à témoins : « Vous avez des informations ? Écrivez-nous en toute sécurité : [adresse / Signal] ».
  • Générique avec sources principales et mentions légales.

Tourner

Le matériel

  • Entrée de gamme : Sony FX30 ou ZV-E1 avec 24-70 mm, DJI Mic 2, Zoom H5, LED portable, smartphone pour tournage discret.
  • Pro : Sony FX6 ou Canon C70, 24-70 mm + 70-200 mm (observation à distance), MixPre-3 II, HF Sennheiser, Aputure 300d pour les interviews en contre-jour, caméra de poche (DJI Osmo Pocket 3), caméra cachée si légalement justifié.
  • Matériel de numérisation de documents : scanner ou banc titre avec LED 5600 K, objectif macro 50-100 mm.
  • Sécurité des données : disques chiffrés, sauvegardes hors des locaux, messagerie chiffrée (Signal).

Plans et cadrage

  • Interviews de témoins : plan poitrine 50 mm, fond neutre ; source anonyme en contre-jour total (silhouette) ou plan de dos/mains.
  • Plans des lieux de l'enquête : extérieurs de bâtiments, sites, chantiers au 24-35 mm, et au téléobjectif depuis l'espace public.
  • Plans de documents : banc titre fixe, macro sur les passages clés, travellings lents de 5-10 s.
  • Plans du journaliste au travail (recherches, appels, déplacements) pour incarner l'enquête.
  • Confrontation : 2 caméras (plan de l'interviewé + contrechamp du journaliste), prise de son irréprochable.

La lumière

  • Interviews de sources anonymes : contre-jour puissant (Aputure 300d) et aucune lumière de face pour une silhouette noire.
  • Témoins identifiés : key 5600 K diffusée à 45°, fill faible (ratio 4:1) pour une ambiance grave.
  • Documents : 2 LED à 45° de chaque côté pour éviter les reflets, 5600 K.
  • Tournages discrets : lumière existante uniquement, ISO élevés acceptés (jusqu'à 6400 sur FX30/FX6).

La prise de son

  • HF cravate sur tous les interviewés ; enregistrement de secours sur un second appareil pour les interviews clés.
  • Confrontations : double enregistrement (HF + perche ou enregistreur de poche), l'enregistrement fait preuve.
  • Niveaux crêtes -12 à -6 dB, 48 kHz / 24 bits ou 32 bits flottant pour les situations imprévisibles.
  • Appels téléphoniques enregistrés avec l'accord de l'interlocuteur (le lui annoncer et l'enregistrer).

La mise en scène

  • Dossier d'enquête : chronologie, cartographie des acteurs, inventaire des documents avec leur provenance.
  • Protection des sources : anonymat, floutage, voix modifiée, pas de métadonnées révélatrices, lieux de rendez-vous sûrs.
  • Droit de réponse : envoyer les questions par écrit (e-mail avec accusé de réception) et laisser un délai raisonnable (5-10 jours).
  • Relecture juridique avant diffusion (diffamation, vie privée, secret) ; conserver toutes les preuves.
  • Sécurité de l'équipe : plan d'évacuation, partage de localisation, pas de tournage seul en zone à risque.

Astuces de tournage

  • 25 ips, 1/50 s ; profil Log pour les interviews posées, profil standard pour le tournage discret (moins de post-production).
  • Horodater et documenter chaque rush (date, lieu, GPS) : cela renforce la valeur de preuve.
  • Filmer l'arrivée sur les lieux et le contexte pour prouver que les images sont authentiques.
  • Désactiver la géolocalisation et les sauvegardes cloud automatiques des téléphones de l'équipe.

Monter

Les pistes de la timeline

  • 10 à 12 pistes au total.
  • V1 : interviews et séquences d'enquête / V2 : B-roll, lieux, documents filmés / V3 : archives et images amateurs sourcées.
  • V4 : graphiques, cartes, documents surlignés / V5 : lower-thirds, cartons de droit de réponse, floutages.
  • A1 : voix off du journaliste / A2 : interviews / A3 : voix modifiées de sources / A4 : ambiances.
  • A5 : SFX (tension, impacts) / A6 : musique.

Le rythme et les coupes

  • Plans de 3-6 s, rythme soutenu dans les séquences d'enquête, plus lent pour les témoignages de victimes.
  • Montage en « révélations » : une information nouvelle toutes les 60-90 s.
  • Ne jamais couper un témoignage de façon à en changer le sens (éthique et risque juridique).
  • J-cuts sur les enregistrements et documents : entendre la preuve avant de la voir.

Transitions et effets

  • Cut franc ; fondu au noir entre les chapitres de l'enquête.
  • Surlignage animé, zoom lent sur documents, flou de fond et mise en valeur de passages (effet « loupe »).
  • Floutage et pixelisation suivis pour les visages, plaques et adresses à protéger ; modification de voix (pitch -3 à -5 demi-tons + formant).
  • Pas de reconstitution sans mention explicite « reconstitution ».

Le sound design

  • Drones et nappes graves de tension à -30 à -24 dB sous la voix off.
  • Impacts sourds (-16 à -12 dB) sur les révélations clés.
  • Sons de l'enquête : clavier, papier, téléphone, déclencheur photo, à -20 dB.
  • Silence brutal avant une révélation majeure.

La musique

  • Musique de tension minimaliste : synthés graves, pulsations, cordes tenues, 60-90 BPM.
  • Présente sous 30-40 % du film, jamais sur les témoignages de victimes.
  • Ducking -22 à -26 dB sous la voix.
  • Bibliothèques sous licence (Artlist, Musicbed, Audio Network) ou compositeur ; éviter toute musique reconnaissable.

Les sous-titres

  • Sous-titres français pour tous les témoignages en langues nationales ; anglais pour la diffusion internationale.
  • Sous-titrer aussi les enregistrements de mauvaise qualité (téléphone, caméra cachée), même en français.
  • Style classique : blanc avec ombre, 44-48 px en 1080p, bas centré ; extraits sociaux en 60-70 px dans la zone de sécurité.

L'étalonnage

  • Correction primaire d'abord, raccord entre caméras pro et images amateurs.
  • Look froid et contrasté : blancs légèrement bleutés, saturation -10 à -20 %, noirs denses.
  • Garder les tons chair naturels malgré le look froid (qualificateur).
  • Images de preuve : correction minimale, ne pas altérer ce qui est montré.

Exporter et publier

Mixage et export

  • Web : -14 LUFS ; TV : -23 LUFS ; true peak -1 dBTP.
  • Master ProRes 422 HQ + stems ; web : H.264, 1080p 25 ips, 10-12 Mbps, AAC 320 kbps.
  • Vérifier que les voix modifiées et floutages sont bien incrustés dans tous les exports (aucun original dans les fichiers livrés).
  • Déclinaisons : teaser 60 s (16:9 et 9:16), 3-5 extraits de 45-90 s sous-titrés.

Titre et miniature

  • Titre qui pose la question ou révèle le fait, sans affirmer au-delà des preuves : « Forages fantômes : enquête sur 2 milliards disparus ».
  • Miniature : élément de preuve ou lieu symbolique + visage du journaliste ou d'une victime, 3-4 mots, contraste fort.
  • Description : résumé, méthodologie, sources, droit de réponse, contact sécurisé pour les lanceurs d'alerte.

La publication

  • Coordonner la diffusion avec les partenaires (médias, ONG) pour un effet d'impact simultané.
  • Publier en début de semaine (lundi-mardi, 8 h-10 h, heure de Dakar) pour une reprise médiatique maximale.
  • Extraits sous-titrés sur Facebook, X, TikTok et WhatsApp avec lien vers l'enquête complète.
  • Préparer la gestion des réactions : FAQ, documents publics, réponses aux contestations.

Les erreurs à éviter

  • Affirmer sans preuve ou avec une seule source : risque de diffamation.
  • Oublier le droit de réponse des personnes mises en cause.
  • Mal protéger une source (visage reconnaissable, voix non modifiée, métadonnées).
  • Musique et effets sensationnalistes qui décrédibilisent l'enquête.
  • Montage qui déforme les propos d'un interviewé.
  • Négliger la sécurité numérique et physique de l'équipe.

Dans KoraCut

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