Fiction : cinéma & sériesF01-01
Long métrage de fiction
Film de fiction scénarisé de plus de 60 minutes, joué par des comédiens, destiné à une sortie en salle, en festival ou sur une plateforme de streaming.
Comprendre
- Objectif
- Raconter une histoire complète et ambitieuse pour un producteur, un diffuseur ou une plateforme, et positionner le studio sur le marché du cinéma et des festivals.
- Plateformes
- Salles de cinéma, festivals (FESPACO, Carthage, Cannes), plateformes SVOD (Netflix, Canal+), TV, YouTube en location
- Ratio
- 2.39:1 scope (4096×1716 en DCI 4K, ou 1920×804 dans un conteneur 1920×1080) ou 1.85:1 (1998×1080 DCI 2K) ; master plateforme 16:9 3840×2160
- Durée
- Idéal 90-110 min (fourchette 70 – 150 min)
- Difficulté
- Équipe
- Min : réal + chef op + 1er assistant caméra + ingé son + perchman + scripte + régie (8-12 pers.) · Idéal : 30-60 techniciens (image, lumière, machinerie, son, déco, costumes, maquillage, production)
- Délai
- 12 à 36 mois : écriture et financement 6-24 mois, préparation 2-3 mois, tournage 4-8 semaines (25-40 jours), post-production 4-8 mois
Raconter
L'accroche et l'intro
- Ouvrir sur une scène qui pose le monde et le ton en moins de 3 min (scène d'ouverture « cold open » avant le titre ou plan-séquence d'exposition).
- Poser la question dramatique du film avant la 10e minute (l'élément déclencheur) : le public doit savoir ce que veut le héros.
- Générique de début court (titre seul, 10-30 s) ; les crédits complets vont à la fin.
- Exemple : ouvrir sur une pirogue qui rentre de nuit à Kayar, silence, puis une ligne de dialogue qui pose l'enjeu : « Cette fois, on ne repartira pas. »
La structure
- Acte 1 (0-25 min) : exposition, élément déclencheur vers 10-12 min, 1er tournant dramatique vers 25 min.
- Acte 2a (25-50 min) : le héros agit, obstacles croissants, sous-intrigue (relation, antagoniste).
- Point médian (~50-55 min) : révélation ou renversement qui change l'enjeu.
- Acte 2b (55-80 min) : tout se complique, crise, « tout est perdu » vers 75-80 min.
- Acte 3 (80-100 min) : climax, résolution, dernière image en écho à la première ; générique de fin 3-6 min.
- Découpage : 1 page de scénario ≈ 1 min d'écran ; viser 90-110 pages et 60-120 séquences.
Le ton et le style
- Définir un parti pris visuel unique dans une bible de réalisation : palette, focales, mouvements, grain (ex. caméra portée au 35 mm pour le réalisme social).
- Rythme maîtrisé : alterner scènes longues (tension, dialogue) et scènes courtes de respiration.
- Références à partager avec l'équipe : Mati Diop (Atlantique), Alain Gomis (Félicité), Ousmane Sembène pour le réalisme ; lookbook de 20-30 images.
- Jeu naturel, direction d'acteurs précise ; choisir la langue du film (wolof, français, pulaar) selon l'authenticité des personnages.
L'habillage et les textes
- Carton titre sobre, typographie dessinée ou serif élégante, centrée, 5-8 s maximum.
- Cartons de lieu/date si nécessaire (« Saint-Louis, 1998 ») en bas à gauche, police fine, 3-4 s.
- Logos de production et partenaires (FOPICA, OIF, coproducteurs) en ouverture, 3-4 s chacun, dans l'ordre contractuel.
- Générique de fin défilant (roll) : 60-90 px de hauteur de ligne en 4K, vitesse lisible (environ 2-3 s par ligne visible), ordre et mentions selon les contrats.
- Aucun lower-third ni logo d'agence pendant le film.
La fin et l'appel à l'action
- Dernière image forte tenue 3-8 s avant le noir, souvent en écho à l'ouverture.
- Noir de 2-4 s, puis carton titre final, puis générique de fin complet (3-6 min).
- Pas d'appel à l'action pendant le film ; le CTA (voir en salle, dates, plateforme) va dans la bande-annonce et les supports.
- Prévoir une version courte du générique pour la diffusion TV (60-90 s) si le diffuseur l'exige.
Tourner
Le matériel
- Entrée de gamme : Blackmagic Pocket 6K Pro ou Sony FX30/FX3, zooms 24-70 mm f/2.8 + fixes 35 et 50 mm, stabilisateur DJI RS 4, micro canon Rode NTG5 sur perche + enregistreur Zoom F6, 2 cravates HF, 2-3 panneaux LED bicolores 100-300 W, batteries V-mount x10.
- Pro : ARRI Alexa Mini LF, Sony Venice 2 ou RED V-Raptor, série de fixes cinéma (Cooke, Zeiss Supreme : 18, 25, 32, 50, 75, 100 mm) ou anamorphiques, dolly, grue, Steadicam, moniteurs de contrôle.
- Son pro : Sound Devices 888, perches Sennheiser MKH 416 / Schoeps CMIT 5, 4-6 HF Wisycom ou Lectrosonics, timecode Tentacle Sync.
- Lumière pro : ARRI SkyPanel S60, Aputure 600d/1200d, HMI 1,8-4 kW, cadres de diffusion 12×12, drapeaux, groupe électrogène silencieux (réseau instable).
- Gestion des données : 2 copies minimum sur disques + DIT sur le plateau, SSD 2-4 To par jour en RAW.
Plans et cadrage
- Découpage technique par séquence : plan large d'installation (master), plans moyens, champ/contrechamp en plans rapprochés, gros plans, inserts.
- Respecter la règle des 180° (axe des regards) et la règle des 30° entre deux plans d'un même sujet.
- Hauteur caméra au niveau des yeux par défaut ; plongée pour écraser un personnage, contre-plongée pour le grandir.
- Mouvements motivés : travelling avant pour la tension, panoramique pour révéler, caméra portée pour l'urgence ; plans fixes pour la contemplation.
- Tourner des plans de coupe et des plans d'ambiance (villes, ciels, visages) pour le montage : 10-15 % du temps de tournage.
La lumière
- Éclairage motivé par la scène (fenêtre, lampe, néon, feu) : clé douce 45°, contre-jour pour détacher, remplissage négatif (drapeau noir) pour le contraste.
- Extérieur : tourner à l'heure dorée (7 h-8 h 30 et 17 h 30-19 h à Dakar) ; entre 11 h et 16 h, utiliser des cadres 12×12 de diffusion ou chercher l'ombre.
- Intérieur jour 5600K ; intérieur nuit 3200K ou mélange chaud/froid ; nuit américaine possible en sous-exposant de 2 diaphs.
- Peaux foncées : exposer pour les visages (zébras 60-70 IRE sur la peau), ajouter du brillant avec une réflexion douce, éviter la sous-exposition.
- Continuité lumière : noter la position du soleil par séquence ; un raccord de lumière raté se voit plus qu'un raccord de costume.
La prise de son
- Perche au-dessus du cadre, capsule canon ou hypercardio à 30-60 cm de la bouche, en priorité sur les HF.
- Cravates HF cachées dans les costumes (bonnettes, scotch) en sécurité ; enregistrer chaque source sur piste séparée à 24 bits / 48 kHz en 32 bits flottants si possible.
- Niveaux : crêtes du dialogue entre -12 et -6 dBFS, limiteur activé.
- Enregistrer 30-60 s de silence plateau (room tone) par décor et des sons seuls (portes, pas, ambiances de marché) pour le montage son.
- Couper climatiseurs, ventilateurs et frigos pendant les prises ; prévoir des postsynchronisations (ADR) pour les scènes de rue trop bruyantes.
La mise en scène
- Préparation : dépouillement du scénario, plan de travail (par décor), repérages techniques avec chef op et ingé son, casting et lectures.
- Répétitions avec les comédiens 1-2 semaines avant ; sur le plateau, mise en place → répétition → réglages → prise.
- Obtenir les autorisations : mairie ou préfecture pour la voie publique, Direction de la Cinématographie, décharges de droit à l'image pour la figuration.
- Journée type 10-11 h de travail, viser 2-4 min utiles par jour ; la scripte note chaque prise (raccords, durées, bonnes prises).
- Gérer la foule et la chaleur : régisseurs en périphérie, eau et ombre pour l'équipe, pauses toutes les 2-3 h.
Astuces de tournage
- Tourner en 24 ips (rendu cinéma) ou 25 ips pour une diffusion TV Afrique/Europe ; obturateur 180° (1/48 ou 1/50 s).
- Enregistrer en RAW ou log (S-Log3, BRAW, LogC) à l'ISO natif (800 ou 3200 selon la caméra) ; balance des blancs fixe par séquence, jamais en auto.
- Filtres ND variables ou fixes indispensables au soleil pour garder f/2.8-f/4 à 1/50 s.
- Clap à chaque prise (visuel + sonore) et timecode synchronisé caméra/son.
- Protéger le matériel de la poussière et de l'harmattan (housses, souffleur), refroidir les caméras à l'ombre, recharger les batteries la nuit (coupures).
Monter
Les pistes de la timeline
- Montage image : 4-6 pistes vidéo, 12-24 pistes audio.
- V1 : plans montés ; V2 : plans alternatifs / VFX à remplacer ; V3 : incrustations et cartons ; V4 : titres temporaires et repères.
- A1-A4 : dialogues perche et HF (une piste par personnage) ; A5-A6 : dialogues alternatifs / ADR.
- A7-A10 : ambiances stéréo ; A11-A14 : bruitages et SFX ; A15-A16 : musique temp.
- Travailler en proxys, par bobines de 15-20 min ; export AAF/XML vers le mixeur et EDL vers l'étalonnage.
Le rythme et les coupes
- Durée moyenne des plans : 4-8 s en drame, 2-3 s en action ; varier selon l'émotion.
- Couper sur le mouvement et sur le regard ; utiliser J-cuts et L-cuts pour fluidifier les dialogues.
- Laisser respirer les moments d'émotion (plans de 10-20 s) ; ne pas couper à chaque réplique.
- Faire plusieurs versions : ours (2-3 h), premier montage, fine cut, image verrouillée (picture lock) avant son et étalonnage.
- Organiser des projections test avec 10-20 personnes pour repérer les longueurs.
Transitions et effets
- Coupe franche par défaut ; fondus au noir pour les ellipses temporelles ou les fins de chapitre.
- Fondus enchaînés rares et motivés (souvenir, passage du temps).
- Éviter toutes les transitions décoratives (volets, zooms, glitch).
- Ralentis uniquement s'ils sont tournés en 50-60 ips ; VFX (nettoyage, incrustations) confiés à la post-production.
- Conformer le montage en haute résolution avant l'étalonnage et les VFX.
Le sound design
- Reconstituer chaque décor avec 2-4 couches d'ambiance (vent, mer, marché, appels à la prière lointains, oiseaux) à -30 à -40 dBFS.
- Bruitages (foley) : pas, froissements, objets, recréés en studio pour la version internationale (M&E).
- Sons subjectifs et silences pour les moments d'émotion ; basses (sub) pour la tension.
- Pas d'effets « YouTube » (whoosh, pop) : le son doit rester invisible et naturel.
- Livrer des stems séparés : dialogues, musique, effets (DME).
La musique
- Musique originale composée sur image (compositeur engagé dès le premier montage), ou musique existante avec droits de synchronisation négociés.
- Tempo et genre selon la scène : nappes lentes 60-80 BPM pour le drame, percussions (sabar, djembé) 100-130 BPM pour la tension.
- Musique sous dialogue à -20 à -25 dB sous la voix ; jamais de musique qui couvre une réplique.
- Droits : contrats avec le compositeur, déclaration à la SODAV pour les œuvres enregistrées ; cue sheet (liste des musiques) obligatoire pour les diffuseurs.
Les sous-titres
- Sous-titres classiques blancs, police sans empattement (Arial, Helvetica), 2 lignes max, 42 caractères par ligne, en bas centré.
- Durée d'affichage 1-6 s, vitesse de lecture 15-17 caractères/s, coupure de 2 images entre deux sous-titres.
- Film en wolof : sous-titres français obligatoires ; prévoir aussi l'anglais pour les festivals internationaux.
- Livrer un fichier SRT ou STL séparé, pas incrusté, pour les plateformes (Netflix exige un fichier IMSC/TTML).
L'étalonnage
- Étalonnage sur DaVinci Resolve par un étalonneur, sur écran calibré, 5-15 jours pour un long métrage.
- Étape 1 : correction primaire (transformation log → Rec.709 ou ACES), exposition, balance, raccords plan à plan.
- Étape 2 : look global défini avec le réalisateur (contraste, saturation, teinte des ombres) sans LUT « prête à l'emploi ».
- Tons chair prioritaires : garder des peaux foncées riches et détaillées, sans dominante grise ni orange.
- Sorties : master DCP (DCI-P3), master HDR si plateforme, version Rec.709 pour TV/Web.
Exporter et publier
Mixage et export
- Mixage en auditorium : 5.1 pour la salle (dialogues ~ -27 LKFS), version stéréo EBU R128 -23 LUFS pour la TV, true peak -1 dBTP (plateformes -2 dBTP).
- Livrer les stems dialogue/musique/effets et une version internationale M&E.
- Master : ProRes 4444 XQ ou ProRes 422 HQ, 4K ou 2K, 24/25 ips ; DCP pour la salle (JPEG2000).
- Déclinaisons : fichier H.264 1080p 10-15 Mbps pour les screeners festivals (avec filigrane), bande-annonce 1:30-2:30, teasers 15-30 s en 9:16.
- Archiver le projet complet (rushes, projet, stems) sur 2 disques + 1 copie hors site.
Titre et miniature
- Titre court, mémorable, facile à prononcer en français et en wolof (1-3 mots idéalement).
- Affiche : un visage fort ou une image symbole, titre lisible en petit format, mentions du casting et des festivals (lauriers).
- Vignette plateforme 16:9 et 2:3 sans texte surchargé ; tester en 200 px de large.
- Synopsis de 3-5 lignes pour les plateformes et festivals, logline d'une phrase.
La publication
- Stratégie par fenêtres : festivals d'abord (première mondiale), puis salles, puis SVOD/TV, puis YouTube.
- Campagne : teaser 30 s 3 mois avant, bande-annonce 6-8 semaines avant, extraits et coulisses en Reels/TikTok chaque semaine.
- Diffuser la bande-annonce sur WhatsApp (Statuts, groupes) et Facebook, très partagés au Sénégal.
- Découper le making-of en séries de 30-60 s verticales pour entretenir l'attente.
Les erreurs à éviter
- Tourner sans scénario verrouillé ni plan de travail (dépassement de jours et de budget).
- Négliger le son direct (climatisation, vent, circulation) et devoir tout refaire en ADR.
- Sous-exposer les peaux foncées ou tourner à midi sans diffusion.
- Oublier les autorisations, décharges et droits musicaux (film bloqué en festival ou en diffusion).
- Aucune sauvegarde double des rushes sur le plateau.
- Montage trop long : ne pas oser couper des scènes qui plaisent au réalisateur mais ralentissent le film.
Dans KoraCut
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