KoraCut

Musique & artF10-06

Art vidéo / expérimental

Œuvre audiovisuelle d'auteur qui explore librement l'image, le son, le temps et la forme (vidéo-poème, film abstrait, installation, vidéo-performance, essai visuel), hors des codes narratifs et commerciaux.

Comprendre

Objectif
Porter une démarche artistique pour un artiste, une galerie, un festival, une biennale (Dak'Art) ou une marque qui veut un contenu à forte identité visuelle.
Plateformes
Festivals et biennales (Dak'Art, festivals de films courts), galeries et installations (projection, écrans multiples), Vimeo, YouTube, Instagram, sites d'artistes
Ratio
Libre selon l'œuvre : 16:9 (1920×1080 / 3840×2160), 4:3, 1:1, 2.39:1, 9:16 ; ou formats multi-écrans et projection mapping sur mesure
Durée
Libre : de 30 s (boucle d'installation) à 20 min ; courant 3-10 min pour un festival
Difficulté
Équipe
Min : l'artiste-vidéaste seul · Idéal : artiste/réal + chef opérateur + créateur sonore + monteur + étalonneur + technicien d'installation
Délai
Très variable : 2 semaines à plusieurs mois (recherche, expérimentations, tournage, montage) ; prévoir 1-2 sem de tests techniques pour une installation

Raconter

L'accroche et l'intro

  • Pas de règle commerciale des 3 s, mais une première image forte qui pose l'univers et le rythme de l'œuvre.
  • Ouvrir possiblement sur le noir et le son seul (5-15 s) pour installer l'écoute.
  • Titre de l'œuvre en carton sobre, au début ou à la fin selon l'intention.
  • Pour Instagram/Vimeo : prévoir un extrait de 15-30 s avec l'image la plus singulière en ouverture.

La structure

  • Structure libre mais pensée : définir une logique (cycle, répétition, progression, rupture, boucle).
  • Exemple d'essai visuel de 5 min : exposition de la matière (0-1 min) / variation et intensification (1-3 min) / rupture (3-4 min) / retour transformé ou dissolution (4-5 min).
  • Installation en boucle : pas de début ni de fin marqués, raccord de boucle invisible, durée pensée pour un visiteur qui reste 1-3 min.
  • Vidéo-poème : le texte (voix ou écrit) structure les séquences, 1 strophe = 1 séquence.

Le ton et le style

  • Esthétique d'auteur assumée : lenteur, abstraction, répétition, matière, glitch, archives détournées, collage.
  • Ancrages possibles : mémoire, tradition et modernité, mer et exil, ville de Dakar en mutation, spiritualité, corps.
  • Travail de la texture : pellicule Super 8, VHS, basse résolution volontaire, photogrammes, double exposition.
  • Références : Bill Viola, Nam June Paik, Ousmane Sembène (dimension poétique), artistes vidéo africains contemporains exposés au Dak'Art.

L'habillage et les textes

  • Minimal : titre de l'œuvre, nom de l'artiste, année, en typographie sobre (ou manuscrite).
  • Texte intégré à l'image comme matière (poème, mots projetés, lettres manuscrites) si c'est un choix artistique.
  • Crédits complets à la fin (équipe, archives, musiques, soutiens institutionnels).
  • Aucun logo commercial sauf mécène ou résidence (carton de remerciement final).

La fin et l'appel à l'action

  • Fin ouverte ou retour au noir prolongé (5-10 s de silence ou de son seul).
  • Carton : titre, artiste, année, durée, lieu de production.
  • Crédits et remerciements (résidence, institution, festival).
  • Pour les réseaux : mention du lieu et des dates d'exposition (« À voir à la galerie X du 10 au 30 mai »).

Tourner

Le matériel

  • Entrée de gamme : smartphone avec application de contrôle manuel (Blackmagic Camera), vieux caméscopes miniDV ou VHS pour la texture, projecteur vidéo, objectifs vintage adaptés.
  • Pro : Blackmagic Pocket 6K ou Sony FX3 en RAW/log, objectifs vintage (Helios 44-2 58 mm, Super Takumar) ou macro 100 mm, caméra Super 8 et pellicule (développement à l'étranger à prévoir).
  • Expérimentation : prisme devant l'objectif, filtres, feedback caméra/écran, projection sur corps ou matières, scanner à plat, TouchDesigner pour le génératif.
  • Son : enregistreur Zoom H6/F3 en 32 bits flottants, micros de contact, hydrophone, micros binauraux.
  • Installation : vidéoprojecteurs (lumens adaptés à la salle), lecteurs multimédia en boucle (BrightSign, Raspberry Pi), synchronisation multi-écrans.

Plans et cadrage

  • Plans fixes longs (30 s – 2 min) pour la contemplation ; plans très serrés sur la matière (peau, sable, tissu, eau, rouille).
  • Cadres décentrés ou radicaux (vide, horizon très bas, symétrie absolue) choisis avec intention.
  • Mouvements expérimentaux : caméra portée au corps, rotation, caméra lancée ou suspendue, time-lapse, hyperlapse.
  • Surimpressions et doubles expositions préparées dès le tournage (fond noir, sujet éclairé).
  • Filmer des matières sources (textures, archives refilmées sur écran, ombres) pour la banque d'images de l'œuvre.

La lumière

  • Lumière comme matière : clair-obscur, silhouettes, lumière naturelle dure de midi assumée pour les ombres graphiques.
  • Projection vidéo sur les corps ou les murs comme source de lumière.
  • Températures mélangées volontairement (sodium orangé des lampadaires, néons verts, lune bleue) si l'intention le demande.
  • Heure bleue (18 h 45-19 h 15 à Dakar) pour les ambiances suspendues.
  • Tester la lumière en fonction de la diffusion finale : une projection en galerie écrase les noirs, prévoir un contraste plus fort.

La prise de son

  • Le son est une moitié de l'œuvre : enregistrer des sons sources riches (mer, vent, prières, marchés, machines, corps) en 48 kHz / 24 ou 32 bits flottants.
  • Micros de contact et hydrophones pour des textures inédites ; binaural pour l'immersion au casque.
  • Enregistrer chaque ambiance 2-5 min pour avoir de la matière à étirer et superposer.
  • Niveaux : crêtes -12 dB, marge large pour les sons impulsifs ; noter lieu et heure de chaque prise.
  • Voix (poème, témoignage) : pièce morte, micro à 20 cm, plusieurs intensités.

La mise en scène

  • Note d'intention (1 page) : sujet, forme, dispositif de diffusion, références ; indispensable pour les festivals, biennales et demandes de financement.
  • Protocole de tournage plutôt que script : règles de jeu (un seul plan par jour, un lieu, une couleur…).
  • Direction des performeurs par consignes (lenteur, répétition, regard) plutôt que par dialogue.
  • Autorisations : lieux, personnes filmées, archives (droits auprès des détenteurs), lieux de culte avec respect des règles.
  • Pour une installation : maquette ou plan de la salle, tests de projection sur place.

Astuces de tournage

  • Casser les règles volontairement mais en connaissance de cause : obturateur lent (1/8 s) pour les traînées, obturateur rapide (1/1000 s) pour un rendu saccadé, 12 ips pour une texture ancienne.
  • Tourner en RAW ou log 10 bits pour garder la latitude d'étalonnage des looks extrêmes.
  • Expérimenter avec le ralenti extrême (120-240 ips) et l'accéléré (time-lapse 1 image toutes les 2-5 s).
  • Tenir un journal des réglages et expériences réussies pour pouvoir les reproduire.
  • Protéger le matériel de la poussière et du sel (harmattan, bord de mer) : sacs étanches, nettoyage du capteur quotidien.

Monter

Les pistes de la timeline

  • Nombre de pistes libre, souvent 6-12 vidéo et 6-10 audio pour les superpositions.
  • V1 : image principale ; V2-V4 : couches de surimpression (modes de fusion Écran, Produit, Incrustation) ; V5 : textures (grain, pellicule, poussière).
  • V6 : textes/poème ; V7 : carton titre et crédits.
  • A1 : voix/poème ; A2-A4 : ambiances et matières sonores superposées ; A5 : musique ou composition ; A6 : effets et drones sonores.
  • Installation multi-écrans : une séquence par écran, de durée strictement identique, synchronisées sur la même timeline.

Le rythme et les coupes

  • Rythme libre mais intentionnel : plans longs contemplatifs (10 s – 2 min) ou montage saccadé (quelques images).
  • Répétition et variation : reprendre un même plan plusieurs fois avec une modification (vitesse, couleur, cadre).
  • Montage sur le son (le son dirige l'image) ou contrepoint volontaire entre son et image.
  • Couper le son et l'image séparément (décalages J/L très longs) pour créer des tensions.

Transitions et effets

  • Surimpressions, fondus lents, fondus au noir longs (2-5 s), flashs.
  • Effets de matière : datamoshing, glitch, feedback, échos (écho de trame), inversion, ralentis extrêmes, time remapping.
  • Traitements analogiques réels (refilmer un écran, passer par une VHS, projection sur tissu) plutôt que filtres numériques préfabriqués.
  • Chaque effet doit servir l'intention : pas d'effet décoratif gratuit.

Le sound design

  • Création sonore à part entière : superposition d'ambiances, étirements temporels (paulstretch), réverbérations longues, sons inversés.
  • Drones graves (40-80 Hz) pour la tension, silence total pour les ruptures.
  • Spatialisation : stéréo large, binaural pour le casque, multicanal (5.1 ou quadriphonie) pour une installation.
  • Niveaux dynamiques : ne pas compresser, garder des nuances de -40 dB à -10 dB.

La musique

  • Composition originale par un créateur sonore ou musicien (kora, xalam, synthétiseurs, électroacoustique) de préférence.
  • Tempos lents ou absence de pulsation (musique ambient, drone) ; ou rythmes traditionnels déconstruits.
  • Si musique existante : autorisation écrite de l'auteur et de l'éditeur (festivals exigent les droits).
  • Bibliothèques libres (Free Music Archive, licences Creative Commons compatibles) en dernier recours.

Les sous-titres

  • Sous-titres fournis en .srt pour les festivals (français + anglais obligatoire à l'international).
  • Textes/poèmes en wolof : traduction française et anglaise, typographie cohérente avec l'œuvre.
  • Position et style pouvant faire partie de la composition (placement libre), mais toujours lisibles (36-44 px en 1080p).
  • Installation sans son (espace public) : penser l'œuvre pour être comprise sans sous-titres ni voix.

L'étalonnage

  • Étalonnage créatif poussé : noir et blanc profond, monochromes, couleurs fausses, contraste extrême, rendu pellicule (grain 35 mm, halation).
  • Émulation de film (DaVinci Resolve Film Look Creator, Dehancer) pour une texture organique.
  • Adapter au dispositif : plus de contraste et de noirs denses pour la projection en galerie, test sur place avec le vidéoprojecteur.
  • Garder la cohérence de la palette choisie sur toute l'œuvre.

Exporter et publier

Mixage et export

  • Festivals : DCP (via DCP-o-matic, 2K/4K, 24 ips, -27 LKFS dialogues / norme cinéma) ou ProRes 422 HQ ; vérifier le règlement de chaque festival.
  • Web (Vimeo/YouTube) : 3840×2160 ou 1920×1080, H.264 40 Mbps (4K) ou H.265, audio -16 à -14 LUFS en gardant la dynamique, true peak -1 dBTP.
  • Installation : fichier H.264 haut débit (20-50 Mbps) adapté au lecteur, boucle parfaite, tests sur le matériel final ; version audio multicanal si besoin.
  • Extrait/teaser de 30-60 s pour la diffusion en ligne et les dossiers de candidature.

Titre et miniature

  • Titre de l'œuvre (poétique, court) + nom de l'artiste + année.
  • Vignette : une image fixe emblématique de l'œuvre, sans texte ou avec le titre en typographie discrète.
  • Description : note d'intention courte (5-8 lignes), fiche technique (durée, format, année), crédits, lieux d'exposition.
  • Sur Vimeo : mot de passe pour les versions complètes envoyées aux festivals (sélection souvent conditionnée à l'inédit).

La publication

  • Vérifier les règlements de festivals avant toute mise en ligne publique (beaucoup exigent une œuvre inédite en ligne).
  • Diffuser d'abord en festival, biennale ou exposition, puis en ligne 6-12 mois après.
  • Partager en ligne des extraits, photos d'installation et making-of pour documenter la démarche.
  • Soumettre via FilmFreeway et candidater aux résidences, appels à projets (institutions culturelles, instituts culturels étrangers à Dakar).
  • Constituer un dossier artistique (portfolio) avec liens Vimeo privés et note d'intention.

Les erreurs à éviter

  • Effets gratuits sans intention : l'expérimental n'est pas un catalogue de filtres.
  • Négliger le son : une image forte avec un son pauvre perd sa puissance.
  • Ne pas tester l'œuvre dans les conditions réelles de diffusion (projection, écran, salle).
  • Archives, musiques ou images utilisées sans droits : refus des festivals.
  • Publier l'œuvre complète en ligne avant les candidatures aux festivals.

Dans KoraCut

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