Tutoriels17 juil. 2026 · 7 min de lecture
Composer une musique calée au plan
Le Compositeur suit la timeline au BPM près. Voici comment le briefer, et quand le laisser tranquille.
L'équipe KoraCutTutoriels et notes de version
La musique de banque a un défaut que tous les monteurs connaissent : elle n'a pas été écrite pour ton film. Alors tu triches. Tu coupes dans le morceau, tu étires un pont, tu déplaces tes plans pour tomber sur un temps fort. Le film finit par obéir à la musique.
Le Compositeur travaille dans l'autre sens. Il lit ta timeline, il connaît la position de chaque coupe, et il écrit une musique originale dont les temps forts tombent où tu en as besoin. Ce tutoriel montre comment le briefer sur un cas réel : le portrait d'un tailleur du marché Sandaga, 38 secondes, monté à 25 images par seconde.
Ce que « calé au plan » veut dire
Un peu d'arithmétique, une fois pour toutes. À 92 BPM, un temps dure 0,65 seconde, soit un peu plus de seize images. Une mesure à quatre temps dure 2,6 secondes. Les mesures commencent donc à 0, à 2,6 secondes, à 5,2 secondes, et ainsi de suite. Ce sont les endroits où l'oreille attend quelque chose : une entrée d'instrument, un accent, un changement d'accord.
Une musique est calée quand tes coupes importantes tombent sur ces débuts de mesure, ou au moins sur un temps. Pas toutes les coupes. Un film où chaque plan change sur le temps devient mécanique, on dirait un diaporama. Deux ou trois rendez-vous bien choisis suffisent, le reste du montage respire entre les deux.
Le Compositeur fait ce calcul pour toi, dans les deux sens. Il cherche le tempo qui fait tomber le plus de rendez-vous juste. Quand une coupe résiste, il ne triche pas sur le tempo : il te propose de la déplacer de quelques images, ou d'écrire quelque chose qui l'annonce.
Le brief : cinq informations
Un bon brief tient en quelques phrases. Il répond à cinq points :
- la plage de la timeline à couvrir, ici de 00:00 à 00:38 ;
- le tempo, ou à défaut l'énergie : « 92 BPM », ou « posé, qui avance sans courir » ;
- la gamme ou la couleur : « Do mineur », ou « grave mais pas triste » ;
- les instruments voulus, et ceux que tu ne veux pas entendre ;
- les rendez-vous : les deux ou trois coupes qui comptent, avec leur timecode.
Voici celui qu'on a écrit pour le tailleur :
« Une musique de 38 secondes pour la séquence 01. Kora en avant, basse discrète, percussions légères, pas de batterie. 92 BPM, Do mineur. Trois rendez-vous : le gros plan sur la machine à coudre à 00:00:05:05, le plan large de l'atelier à 00:00:20:10, le titre à 00:00:31:08. Laisse la dernière note résonner jusqu'à la fin. »
Si tu ne connais ni le tempo ni la gamme, ne les invente pas. Décris l'énergie et laisse-le proposer. Il s'appuiera sur le rythme de ton montage, la durée moyenne des plans, et ce qu'il entend dans le son direct. Dans notre film, la machine à coudre tourne par rafales régulières. Il l'a remarqué avant nous.
Dis-lui aussi ce qui se passe au son. S'il y a une voix, il écrira une kora moins chargée pendant les phrases et gardera les ornements pour les silences. Ici, pas d'interview : seulement le son de l'atelier, la machine, les ciseaux, la radio d'un voisin. On lui a demandé de laisser de la place à la machine à coudre, et il a tenu la basse à l'écart de son registre.
Lire sa proposition
Le Compositeur ne se jette pas sur le piano roll. Il répond d'abord par un plan écrit : le tempo, la gamme, la structure en mesures, et l'état de chaque rendez-vous.
- mesures 1 et 2 : la kora seule, un motif de quatre notes ;
- mesures 3 à 8 : entrée de la basse sur le gros plan de la machine, le motif se développe ;
- mesures 9 à 12 : les percussions entrent sur le plan large, la montée commence ;
- mesures 13 et 14 : accord final sur le titre, puis la résonance jusqu'à 00:38.
Puis le détail des rendez-vous. La troisième mesure commence à 00:00:05:05, pile sur le gros plan. La treizième commence à 31,3 secondes, le titre est à 00:00:31:08 : calé à une image près. Reste le plan large. Ta coupe est à 00:00:20:10, la neuvième mesure tombe à 00:00:20:22. Douze images d'écart, presque une demi-seconde, et ça s'entend.
Il propose deux sorties. Retarder la coupe de douze images. Ou garder la coupe où elle est, et écrire un roulement de percussion qui part sur la coupe et atterrit sur le temps fort. On a choisi le roulement : le plan d'avant était déjà long. C'est une décision de montage, elle te revient, et il ne la prend pas à ta place.
Donne-lui les coupes qui comptent. Trois rendez-vous bien choisis valent mieux que vingt.
Une fois le plan validé, il écrit. La musique arrive dans le module Audio sous forme de notes, piste par piste, jouées par les instruments installés sur ta machine ou par tes propres samples. Ce n'est pas un fichier son fermé. Chaque note se déplace, se supprime, se rejoue. Et comme tout est écrit dans ton projet, il n'y a ni catalogue à créditer ni droits à payer sur la musique.
Écoute la proposition avec l'image, jamais sans. Une musique qui semble maigre toute seule peut être exactement ce qu'il faut sous un plan chargé. Et demande-lui une variante avant de demander une correction : il garde le plan, change le motif, et tu compares les deux sur la timeline. Entre deux versions, on sait tout de suite laquelle on préfère. Devant une seule, on hésite.
Quand le laisser tranquille
Le Compositeur est utile pour la structure et pour le calage. Il l'est beaucoup moins quand on le dirige note par note. Quelques habitudes qui font gagner du temps :
- Ne l'appelle pas tant que le montage image bouge encore. Chaque coupe déplacée défait un rendez-vous.
- Pour changer trois notes, ouvre le piano roll. C'est plus rapide que de décrire une mélodie avec des mots.
- Parle-lui en mesures et en instruments, pas en adjectifs. « Retire la basse des mesures 1 à 4 » marche mieux que « plus léger au début ».
- Ne lui demande pas d'imiter un morceau connu ou un artiste. Il refuse, et il te propose de décrire ce que tu aimes dans ce morceau : le tempo, l'instrumentation, la façon dont ça monte.
- Laisse-le finir une proposition avant de la corriger. Une musique jugée sur ses quatre premières mesures est toujours décevante.
Un mot sur la kora, puisqu'elle donne son nom au logiciel. Elle ne se joue pas comme un piano. Elle tourne sur un motif d'accompagnement répété, avec des ornements qui passent par-dessus. Le Compositeur écrit de cette façon. Si tu lui demandes des accords plaqués à la kora, il le fera, mais ça sonnera faux pour quiconque connaît l'instrument. Et si tu connais un vrai joueur de kora, enregistre-le : aucune banque de sons ne vaut ses mains, et le Compositeur sait aussi écrire autour d'une prise réelle.
Recaler après un changement de montage
Le client rappelle, il veut deux secondes de plus sur le plan large. Ça arrive toujours. Ne repars pas de zéro : fais ta modification, puis demande un recalage. Le Compositeur compare les anciennes coupes aux nouvelles, garde le thème, et ajuste la structure. Ici, il a ajouté une mesure à la montée et déplacé l'accord final.
# Palette de commandes · ⌘K› compositeur : recaler sur la timeline# Ou un premier jet, en ligne de commande$ koracut agents compositeur --bpm 92 --gamme do-mineur --plage 00:00-00:38 projets/tailleur-sandaga/Comme pour les autres agents, un recalage compte pour une seule entrée dans l'historique. Si la nouvelle version est moins bonne que l'ancienne, ⌘Z, et tu retrouves ta musique d'avant, note pour note.
Dernière étape, le niveau. Une musique bien calée mais trop forte reste une musique gênante. Baisse-la jusqu'à ce que le son de l'atelier repasse devant, puis remonte-la d'un rien. Un agent dédié au mixage est en préparation, on en reparlera ici.